La Journée mondiale, un rendez-vous crucial né il y a 33 ans

Le 1er décembre 1988 était lancée la Journée mondiale de lutte contre le sida, première manifestation de masse à l’échelle internationale contre la pandémie. Un concept né un an plus tôt dans les bureaux du Programme spécial de lutte contre le sida de l’OMS, qui a considérablement contribué à la diffusion des informations autour du VIH auprès du grand public. 

CC BY-NC-ND 2.0 - André Querry
Journée mondiale contre le VIH-SIDA - 1er décembre 1990 (Montréal)

Le thème choisi pour ce 1er décembre 2020, à l’occasion de la 32e Journée mondiale de lutte contre le sida, s’apparente à un retour aux sources. « Solidarité mondiale et responsabilité partagée », slogan de cette édition, évoque immanquablement les motivations qui poussèrent les concepteurs à imaginer cet événement, il y a de cela 33 ans. 

Nous sommes en août 1987. L’alerte est maximale. La pandémie s’accélère, principalement au sein des groupes à risque, et la recherche internationale s’active pour organiser une riposte d’ampleur face à ce virus que l’on ne sait pas traiter à l’époque. Le premier traitement contre la maladie, l’AZT, n’a été mis sur le marché que quelques mois plus tôt, en mars. Les autorités sanitaires internationales ont une priorité : mettre l’ensemble des forces en ordre de bataille, mutualiser l’expérience, organiser la prévention des populations pour tenter de ralentir le virus.

L’heure est à la mobilisation générale. L’ordre du jour du Programme spécial de lutte contre le sida de l’OMS - futur Programme mondial, puis Onusida -, le 5 mai 1987, a été martial. « La pandémie de SIDA pose un problème international de santé publique dont l'ampleur et l'urgence extraordinaires appellent une action internationale immédiate », décrètent les participants dans une déclaration commune [i]. L’OMS s’est vu décerner « le rôle directeur et coordonnateur à l'échelle internationale à l'appui des programmes nationaux de lutte contre le sida » et « recommande vivement » aux pays de renforcer leurs programmes. Pour cela, une réunion doit se tenir en décembre 1987. 

Brainstorming sur un tableau blanc

En ce mois d’août 1987, deux responsables du bureau d’information de l’OMS, James Bunn et Thomas Netter se retrouvent dans les locaux de l’organisation à Genève. Bunn, tour à tour journaliste et communicant, a fait ses armes comme reporter sur une chaîne locale de San Francisco, où il a suivi, aux premières loges, les débuts de l’épidémie et le combat des malades. Ce jour-là, « Tom lisait à haute voix un discours de Halfdan Mahler, directeur général de l’OMS. Il y faisait une référence alambiquée à la nécessité de mobiliser dans la lutte mondiale contre le VIH », a raconté James Bunn en 2013 [ii]. Les formulations bureaucratiques ne changeront pas les mentalités : il faut simplifier, muscler le discours.

« Avant que Tom ne termine, je l’ai interrompu : ‘nous avons besoin d’un jour… Tu sais, quelque chose comme la Journée mondiale du sida…’ » Les deux hommes matérialisent leur trouvaille sur un tableau blanc et les idées fusent. Créer des « kits d’action » pour les associations, leurs donner des clés pour se rendre visibles, adresser des dossiers de presse communs aux médias, monter des opérations avec ces derniers… Reste à trouver une date. Sur le calendrier, il y a bien « un point mort » entre la journée promotionnelle du Black Friday et les vacances de fin d’année : le 1er décembre. Sans actualité concurrente, il sera plus facile d’attirer l’attention des journalistes et du public. 

Un événement ultra-médiatique.

La proposition trouve rapidement un écho. Jonathan Mann, le directeur du Programme mondial de lutte contre le sida de l’OMS, y souscrit. L’idée d’une Journée mondiale épouse la mobilisation internationale naissante, avec ce double objectif : pousser les Etats à agir, informer leurs populations. Cela se matérialise le 28 janvier 1988, avec la Déclaration de Londres sur la prévention du sida, un événement sans précédent qui réunit les ministres de la Santé de 148 pays [iii]. « 1988 sera l’année de la communication et de la coopération sur le sida », décrètent les participants. « Nous exploiterons pleinement les moyens de communication existant dans chaque société afin de dispenser plus largement une information et une éducation intensives [...] Nous renforcerons l’échange d’informations et de données d’expérience entre tous les pays. »

La dynamique est ainsi lancée. L’OMS annonce, le 8 avril 1988, qu’une Journée mondiale se tiendra le 1er décembre de la même année [iv]. La décision sera couronnée plus tard par la résolution A/43/15 de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui en fera un rendez-vous annuel. 

« La Journée mondiale du sida 1988 a été le point culminant d’une année de mobilisation extraordinaire », raconte Thomas Netter en octobre 1989 [v]. « Le 1er décembre, les informations relatives au sida ont atteint tous les pays, traversé tous les continents. » Le dispositif est impressionnant pour l’époque. Des radios et des télévisions en prime time, des spécialistes dont les interviews sont traduites dans plusieurs langues, des diffusions en direct dans plusieurs dizaines de pays.

En choisissant des thèmes archi-fédérateurs, compromis pour faire passer ses messages à travers le monde, la Journée mondiale n’échappera pas aux critiques et aux polémiques. Ainsi du choix, dès cette première Journée de 1988, de focaliser l’attention du public sur les enfants, alors que les victimes du VIH ont tous les âges. Elle n’échappera pas non plus, au cours du temps, à des phases de démobilisation du public. Mais la souplesse de sa structure lui permettra de s’adapter continuellement aux enjeux nouveaux et aux acteurs naissants de la lutte contre le VIH, pilotée tour à tour par l’OMS, Onusida, puis par les ONG elles-mêmes.

Création institutionnelle, elle accomplira l’exploit d’être adoubée par le Vatican, de susciter un discours annuel du président américain, tout en devenant le terrain de jeu privilégié du militantisme de combat, à l’image de cet Obélisque de la Concorde drapé d’un préservatif géant par Act Up, en décembre 1993, pour dénoncer les faiblesses de la prévention en France. Ainsi s’est imposé, année après année, ce 1er décembre, jour de commémoration, d’engagements internationaux, et point de ralliement des acteurs de la lutte contre le VIH dans tous les domaines. 

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[i] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/195123/WHA40_Inf.Doc-8_fre.pdf?sequence=1&isAllowed=y

[ii] https://www.kqed.org/stateofhealth/16472/how-what-happened-in-san-francisco-led-to-world-aids-day

[iii] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/60925/WHO_GPA_INF_88.6_fre.pdf?sequence=1

[iv] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/195216/WHA41_5_fre.pdf?sequence=1&isAllowed=y

[v] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/49314/WH-1989-Oct-p25-26-eng.pdf?sequence=1&isAllowed=y