Le VIH, un enjeu majeur de santé publique

Près de 40 ans après la découverte du VIH, le visage de l’épidémie a beaucoup changé. Mais celle-ci est loin d’être éradiquée. En cause : un accès encore insuffisant aux outils de prévention, au dépistage et aux ARV...

Si elle a beaucoup ralenti depuis ses débuts il y a près de 40 ans, l’épidémie de VIH reste une réalité préoccupante. Et ce, non seulement dans le monde, mais aussi en France… Certes, grâce à l’arrivée des traitements antirétroviraux (ARV) au milieu des années 1990, les décès liés au sida ont chuté de plus de 60 %, après avoir atteint un pic de 1,7 million en 2004. Mais voilà : selon les derniers chiffres de l’Onusida, en 2019 le VIH a encore tué pas moins de 690 000 personnes dans le monde ; et 1,7 millions de personnes ont été nouvellement infectées, dont 150 000 enfants…

En cause : un accès encore insuffisant aux outils de prévention, au dépistage et aux ARV. D’après l'Onusida, en fin juin 2020, seulement 26 millions, soit 68,5 % des personnes vivant avec le VIH (PVVH) avaient accès aux ARV. Et en 2019, seules 85 % des femmes enceintes et contaminées avaient accès à des traitements pour prévenir la transmission du VIH à leurs bébés. Côté diagnostic, en 2019 près de 20 % des PVVIH (7,1 millions) ne se savaient pas contaminées… et constituaient de ce fait autant de personnes susceptibles d'alimenter l'épidémie.

Au total, depuis le début de l’épidémie au début des années 1980, 75,7 millions de personnes dans le monde ont été infectées par le VIH, et 32,7 millions en sont décédées. Désormais pas moins de 38 millions de personnes sont infectées par le VIH dans le monde. Plus de deux tiers d’entre elles vivent en Afrique.

En France la situation est certes moins préoccupante. Mais là aussi, en dépit d’impressionnants progrès réalisés, l’épidémie de VIH est loin d’être éradiquée. D’après l’agence Santé publique France, près de 170 000 personnes vivent avec le VIH en France, et chaque année environ 6 000 personnes découvrent leur infection. Comme le rappelle un nouveau Bulletin de santé publique publié à l’occasion du 1er décembre 2020, sont notamment concernés les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH) et les hétérosexuels nés à l’étranger, qui représentent respectivement 43% et 37% des découvertes de séropositivité déclarées entre janvier 2019 et septembre 2020 en France, soit 80% des découvertes totales. Sont aussi plus impactées certaines régions : la Guyane d’une part, et la Guadeloupe, la Martinique, Mayotte et l’Ile-de-France d’autre part ; avec 109 et environ 20 découvertes pour 100 000 habitants respectivement, versus 6 pour 100 000 en métropole hors Île-de-France.

Le maillon faible de la lutte anti-VIH en France ? Le dépistage, « encore trop tardif », pointe Santé publique France. De fait, l’activité dans ce domaine a encore augmenté entre 2018 et 2019 (+6 %) avec 6,2 millions de sérologies VIH effectuées par les laboratoires de biologie médicale en 2019. Cependant pas moins de 26 % des découvertes de séropositivité opérées en 2019-2020, l’ont été à un stade avancé de l’infection. Par ailleurs, plus de la moitié (51 %) des découvertes totales concernaient des personnes jamais testées auparavant.

Et la pandémie de Covid-19 n’a rien arrangé : selon une étude parue le 1er décembre dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de Santé publique France, entre février et avril 2020 le nombre de dépistage réalisés a diminué de… 56% ! Or ce recul n’a pas été compensé en juin-juillet. « Si un rattrapage de dépistage n’a pas lieu rapidement dans les mois à venir, une recrudescence de diagnostics tardifs d’infection à VIH est à prévoir », préviennent les auteurs.

Afin d’améliorer l’accès au dépistage du VIH, depuis 1er juillet 2019 Paris et les Alpes-Maritimes testent un nouveau dispositif : l’expérimentation « Au labo sans ordo » (ALSO), qui propose un dépistage du VIH sans ordonnance et sans frais dans tous les laboratoires de biologie médicale. D’après une autre étude publiée dans le BEH du 1er décembre 2020, lors des 6 premiers mois de cette expérimentation, 15 583 tests ALSO ont été réalisés à Paris et 4 853 dans les Alpes-Maritimes ; d’où une augmentation globale de 16,8% et de 3,7% des tests réalisés en laboratoire, respectivement. 

« Ces résultats intermédiaires encourageants ont conduit à prolonger l’expérimentation jusqu’à la fin de l’année 2020 compte tenu de la crise du Covid-19 », précisent les auteurs. Preuve que la lutte contre le VIH reste une priorité. En France comme dans le monde.

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