Vaccination COVID : Quid des PVVIH ?

En France, le vaccin pour se protéger de la COVID-19 est administré depuis début janvier. Face aux stocks limités et aux millions de personnes à vacciner, une question urgente se pose aujourd’hui en ce qui concerne les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) : doivent-elles être prioritaires ? On fait le point.

Image par torstensimon de Pixabay

Aujourd'hui, deux vaccins contre la Covid-19 sont disponibles en France, ceux de Pfizer-BioNtech et de Moderna. Ces vaccins, reposant sur l’injection de l’ARN messager, ont une efficacité annoncée sur les symptômes (et non sur la prévention de l'infection) sensiblement similaire - évaluée à 95% pour Pfizer-BioNtech et 94.1% pour Moderna. 

Comme tout vaccin, des effets secondaires tels qu’une poussée de fièvre et des douleurs musculaires peuvent se manifester les jours suivant l’injection. Rien d’inquiétant, seulement le signe que le système immunitaire fait bien son travail. Dans le cas du vaccin Pfizer-BioNtech, des réactions allergiques ont été observées dans de rares cas menant à l’ajustement des recommandations ainsi qu’à une vigilance plus importante pour éviter ces cas ou y remédier immédiatement s’ils se présentent.

Les vaccins COVID représentent ils un risque pour les PVVIH ?

Selon Stéphane Paul, responsable du département d’immunologie du CHU Saint-Etienne et membre du comité de vaccination Covid France, la réponse est claire : "Il n’y a aucun risque à administrer un vaccin ARN aux PVVIH. Les éventuels effets secondaires seront les mêmes que dans la population générale, ni plus ni moins. Je recommanderais cependant de ne pas vacciner les personnes ayant un taux de CD4 trop bas ou en primo-infection VIH”.

En effet, une immunodépression trop sévère pourrait impacter l’efficacité du vaccin et finalement empirer la situation : “Imaginons qu’une infection par le SARS-CoV-2 survienne chez ces personnes en raison d’une protection incomplète du vaccin, la réplication virale active combinée à l’éducation du système immunitaire en cours due à la vaccination pourrait appliquer une pression de sélection, éventuellement de variants plus contagieux ou plus virulents” explique Stéphane Paul.

Pour les PVVIH stables sur le plan immunologique, bien que les essais cliniques pour les vaccins COVID ne les aient pas inclus, aucun problème de sécurité, depuis le début de la campagne de vaccination, n’a été révélé. Si aucune donnée ne permet actuellement de se prononcer avec certitude sur l’efficacité des vaccins ARN chez les PVVIH, les connaissances acquises lors du développement des vaccins ARN pour traiter le cancer sont rassurantes : leur sécurité et leur efficacité ont été validées chez des patients fortement immunodeprimés en raison d’une chimiothérapie lourde.

Et en dehors des vaccins ARN ?  Stéphane Paul est optimiste quant à la sécurité d’autres types de technologie vaccinale [i] : “Un vaccin basé sur du virus tué ne présentera pas non plus de risque. Son coût beaucoup moins élevé pourrait d’ailleurs être une bonne alternative pour les pays à ressources limitées, en Afrique notamment, où la prévalence du VIH est importante.” A noter tout de même que les résultats de l’essai Novavax de phase 2b, mené en Afrique du Sud avec un vaccin de ce type, viennent d’être annoncés et montrent une efficacité plus limitée (49,4%) chez les PVVIH contre 60% dans le reste de la population [ii].

Les PVVIH doivent elles être vaccinées en priorité ?

Au début de la pandémie, la communauté scientifique a rapidement soulevé deux questions essentielles concernant les PVVIH : sont-elles plus susceptibles d’être infectées par le virus SARS-CoV-2 ? Les symptômes de la maladies sont-ils exacerbés ? Les éléments de réponse obtenus à ces deux questions pourront justifier ou non un prise en charge vaccinale prioritaire des PVVIH.

S'agissant de la susceptibilité à l’infection, il ne semble pas que la présence du VIH rende les personnes plus vulnérables. En revanche, comme le soulignait déjà l'étude VESPA-2 [iii], la précarité et les conditions de vie dégradées de certaines personnes séropositives, menant à un niveau de protection plus réduit, pourrait faciliter la transmissions du SARS-CoV-2. Quant à l'impact d’une infection chez les PVVIH, dont le système immunitaire est déjà affaibli, trop peu de données sont disponibles à l’heure actuelle pour en tirer des conclusions.

Au vu des éléments actuels, les PVVIH ne font donc pas parties des personnes prioritaires selon les recommandations de le Haute Autorité de Santé (HAS). Stéphane Paul soulève cependant un point important : “De nombreuses PVVIH présentent des co-morbidités - tel que l’obésité - souvent en lien avec leur infection. C’est actuellement la présence de ces co-morbidités qui place certaines d’entres elles en haut de la liste pour se faire vacciner”.

Plusieurs acteurs de la lutte contre le VIH, les associations de patients ou le TRT-5 notamment, se sont récemment prononcées en faveur d'une prise en charge vaccinale prioritaire des PVVIH. Cependant, la mise à jour des recommandations de la part de la HAS pourrait prendre un peu de temps, au vu du contexte d'approvisionnement tendu et du ralentissement conséquent de la vaccination des personnes déjà considérées comme prioritaires. 

[i] D’autres vaccins ont atteint des phases avancées dans les essais cliniques ou sont déjà disponibles. Il s’agit de vaccins au fonctionnement différent tels que ceux d'AstraZeneca, ou de CanSinoBIO ou encore le vaccin Spoutnik V, développé en Russie, dont le principe est d’insérer des morceaux de SARS-CoV-2 dans un vecteur d’expression, lui-même inspiré d’un tout autre virus : un adénovirus. Autres options : les vaccins SinoVac et Novavax qui utilisent une méthode plus classique d’inactivation du virus pour le casser en petits morceaux protéiques auxquels sont ajoutés un adjuvant. 

[ii] http://ir.novavax.com/news-releases/news-release-details/novavax-covid-19-vaccine-demonstrates-893-efficacy-uk-phase-3

[iii] Lert F, Annequin M, Tron L, Aubrière C, Hamelin C, Spire B, et al., et le groupe Vespa2. Situation socioéconomique des personnes vivant avec le VIH suivies à l’hôpital en France métropolitaine en 2011. Premiers résultats de l’enquête ANRSVespa2. Bull Epidémiol Hebd. 2013; (26-27):293-9.