Au Sud, le dolutégravir pédiatrique arrive enfin sur le terrain

Attendu depuis longtemps, le dolutégravir en formulation adaptée pour les enfants commence à arriver dans les pays du Sud.

Plus efficace, mieux toléré, avec un goût de fraise plus attrayant pour les enfants, et dissolvable dans un liquide pour faciliter son administration : voilà les grands atouts du dolutégravir (DTG) pédiatrique, en comprimé dispersible de 5 ou 10 milligrammes. Conçu spécifiquement pour les plus de 4 semaines pesant au moins 3 kg et jusqu’à 20 kg, ce nouveau traitement a commencé à être distribué récemment là où l’épidémie frappe le plus les enfants : dans les pays du sud, et notamment en Afrique subsaharienne. De quoi améliorer enfin la prise en charge des plus jeunes, réduire les effets secondaires liés à leur traitement et les aider à suivre celui-ci sur le long terme.

Breveté par ViiV Healthcare, une entreprise pharmaceutique spécialisée dans le développement de traitements VIH, le DTG 5 mg ou 10 mg est un antirétroviral (ARV) appartenant à la famille des inhibiteurs d'intégrase (INI). Lesquels agissent en bloquant cette enzyme du VIH et empêchent ainsi la formation de nouveaux virus capables d’infecter les cellules.

Dès 2018 - il y a 4 ans déjà - l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé l'utilisation du DTG pédiatrique en association avec deux autres ARV, l’abacavir (ABC) et la lamivudine (3TC), comme schéma thérapeutique de première intention à privilégier chez les enfants. Cela, pour remplacer le lopinavir/ritonavir (LPV/r), un traitement efficace mais plus difficile à administrer aux plus jeunes du fait notamment de son goût amer.

Cependant, dans les pays à revenus faibles, jusqu’il y a encore quelques mois, le DTG n’était disponible que sous la forme d'un comprimé pelliculé de 50 mg ; une formulation utilisable seulement chez les plus 20 kg, soit les adolescents et les adultes. Et pour cause : « Comme le marché des ARV pédiatriques concerne essentiellement les pays en développement [i], il n’est pas rentable pour les industries pharmaceutiques, le développement et la mise sur le marché d’une formulation pédiatrique nécessitant un budget important », explique Julie Langlois, pharmacienne au Centre hospitalier Sud Seine et Marne, spécialisée dans le traitement des personnes vivant avec le VIH.

Cependant, depuis un an environ, les choses ont commencé à bouger sensiblement. En juin et novembre 2020, l’agence du médicament américaine, la Food and Drug Administration (FDA), a donné son feu vert pour l’utilisation, respectivement, du DTG 5 mg et du DTG 10 mg chez les enfants. Puis en décembre 2020, l’organisation internationale Unitaid a annoncé que le prix de ce nouveau traitement - un frein initialement - chutait d’environ 351 à 31 € par an, après un accord avec les fabricants de génériques Viatris et Mcleods.

Comme le marché des ARV pédiatriques concerne essentiellement les pays en développement, il n’est pas rentable pour les industries pharmaceutiques

Conséquence : « en mai 2021, 100 000 boîtes de 10 mg de DTG sécable et dispersible ont commencé à être commercialisées dans six pays africains : Nigeria, Malawi, Ouganda, Kenya, Zimbabwe et Bénin », a annoncé, dans un communiqué daté d’octobre 2021, Unitaid. Qui souligne : « le déploiement des comprimés dispersibles sécables DTG 10 mg s'accélère ; plus de 30 pays ont des plans d'adoption et de déploiement rapide ».

« Le DTG 10 mg génériqué est en effet de plus en plus disponible dans un nombre croissant de pays, confirme le Dr David Masson, pédiatre spécialisé dans le VIH en Afrique. Jai bon espoir que la transition vers cet ARV soit terminée d’ici la fin de l’année 2022 dans la plupart des pays ». 

« L’un des challenges pour 2022 sera de déployer ce traitement également dans les pays d'Afrique de l'Ouest et centrale francophones (Mali, Niger, Sénégal…) ; son arrivée en 2021 ayant concerné essentiellement l'Afrique anglophone », souligne Julie Langlois.

Concernant la formulation à 5 mg, pour l’instant, ni la molécule mère, ni le générique ne seraient disponibles en Afrique. Il y a eu un accord de licence mais celui-ci ne serait pas encore applicable. Ceci dit, « il n’est pas certain que ce dosage soit utilisé un jour : une fois que les équipes auront été formées sur un dosage à 10 mg, il serait assez dangereux de passer à un autre dosage car c’est source d’erreur pour les prescripteurs et les mamans », fait remarquer le Dr Masson.

A l’avenir, « l’idéal serait de parvenir à un traitement 3 en 1, plus facile à administrer. Sachant qu’une telle combinaison existe déjà depuis 2014 pour les adultes et les adolescents à partir de 12 ans, pesant au moins 40 kg: le Triumeq [50 mg de DTG/600 mg d'abacavir/300 mg de lamivudine ndlr] », souligne Julie Langlois. « Avoir les trois molécules dans le même comprimé limiterait le risque d’erreur ou de traitement donné partiellement »conclut le Dr Masson

[i] A titre d'exemple, la France compte « seulement » 1 000 enfants et adolescents infectés par le VIH, selon le rapport d’experts Morlat.