CROI 2022 : Stratégies vaccinales Covid-19 et VIH, même combat ?

Les pandémies de VIH et Covid-19 sont souvent comparées, mais présentent-elles vraiment des similitudes ? Au cours de la session d’ouverture de la conférence internationale CROI, le professeur Dan Barouch (Beth Israel Deaconess Medical Center, Boston USA) a fait le point sur les deux pandémies, et les stratégies vaccinales développées pour chacune.

La pandémie de Covid a eu pour effet d’induire un grand nombre de questionnement de la part du grand public sur les vaccins. En effet, avec la mise en place d’un vaccin contre le SARS-CoV2 en l’espace d’un an, il devenait difficilement entendable qu’après quarante années de recherche, il n’existe toujours pas de vaccin contre le VIH. Pourtant, comme l’a rappelé le Pr Barouch au début de sa présentation, ces deux pandémies sont très différentes, et ce à bien des égards. Difficile donc de pouvoir comparer les deux pathologies.

Vaccin VIH, une affaire complexe

Développer un vaccin contre le VIH représente un défi sans précédent pour les scientifiques. Tout d’abord, au contraire du SARS-CoV2, le virus VIH présente une très grande variabilité génétique, ce qui signifie qu’il existe une multitude de variants viraux au sein d’un même individu. L’établissement précoce de réservoirs viraux dans l’organisme complique également la tâche, puisque le virus persiste dans l’organisme. Du fait de sa grande variabilité génétique, le virus arrive à échapper au système immunitaire. Autre difficulté, le corrélat de protection (type de réponse immunitaire capable de protéger de l’infection) pour le VIH n’est toujours pas identifié. Il est donc difficile de fabriquer un vaccin sans savoir quel type de réponse immunitaire est nécessaire pour protéger de l’infection.

Pour autant, cela n’a pas empêché les chercheurs de se mobiliser pour mettre au point un vaccin contre le VIH. Les premiers essais vaccinaux de grande envergure ont débuté dans les années 2000. N’ayant pas le corrélat de protection, les scientifiques ont d’abord cherché à développer un vaccin capable d’induire une réponse humorale, c'est-à-dire une production d’anticorps. En 2003, l’essai de phase 3 VAX004 mené aux Etats-Unis et en Thaïlande a malheureusement échoué. 

Les chercheurs ont tenté par la suite de mettre au point un vaccin capable d’induire une réponse de type cellulaire, où les lymphocytes T entrent en action. Second échec en 2007 avec l’essai vaccinal de phase 2b HVTN502/503 qui s’est avéré inefficace. Au début des années 2010, les recherches se sont concentrées sur le développement d’un vaccin qui soit capable d’induire une réponse à la fois cellulaire et humorale. Plutôt logique, puisque lors d’une infection, ces deux composantes du système immunitaire agissent de concert pour lutter contre les pathogènes.

Une lueur d’espoir apparaît en 2009 avec l’essai Thai, utilisant une stratégie vaccinale de prime/boost, qui induit une efficacité de protection de 31%. Certes, le pourcentage reste faible, mais elle ouvre une piste d’étude pour tenter d’en améliorer l’efficacité. Les équipes de recherche capitalisent donc sur cette stratégie vaccinale pour les essais suivants. Malheureusement, les essais HVTN505 en 2013, Uhambo en 2020 et Imbokodo en 2021, utilisant cette stratégie avec différents types de vaccins (vecteurs viraux, ADN) furent infructueux.

Si la recherche clinique stagne, la recherche fondamentale avance

En matière de vaccin VIH, ces quarante dernières années de recherche n’ont vu apparaître que cinq grands essais, ce qui est très peu. A l’heure actuelle, il ne reste plus qu’un essai mesurant l’efficacité d’un vaccin contre le VIH : l’essai de phase 3 Mosaico. Aucun autre candidat vaccins n’est prêt pour en tester rapidement l’efficacité. Si pour la recherche clinique, cela n’avance pas aussi vite que l’on souhaiterait, ce n’est pas le cas pour la recherche fondamentale. 

Les années de recherche menées sur le virus VIH et la physiopathologie de l’infection ont permis de grandes avancées, notamment dans les domaines de l’immunologie, la virologie et la vaccinologie. Un exemple ? La recherche d’immunogènes de la protéine d’enveloppe, capable d’induire la production d’anticorps neutralisants à large spectre. Une avancée qui commence à se concrétiser, en témoignent les résultats encourageants obtenus par les équipes du Scripps Institute. Dans le même temps, les autres stratégies de prévention se sont développées et étoffées, avec notamment la mise en place de la PrEP.

Pour la pandémie de Covid-19, la communauté scientifique a répondu comme jamais auparavant dans la rapidité à comprendre la physiopathologie de l’infection et dans la mise au point de thérapies et vaccins. En résulte le développement de plusieurs types de vaccins en l’espace d’un an. Pourtant, ces vaccins n’ont pas permis de contrôler cette pandémie. Pourquoi ? L’émergence de nouveaux variants ainsi que le déclin rapide de la protection induite par les vaccins en sont en partie responsable, mais ce n’est pas tout. Il semblerait que le monde n’ait pas assez appris de la pandémie VIH et que les erreurs se répètent. 

Des inégalités d'accès préjudiciables 

Comme ce qui est observé pour les traitements antirétroviraux, il y a une grande inégalité dans l’accès au vaccin Covid à travers le monde. Alors que certains pays en sont déjà à leur troisième voir quatrième dose, sur le continent africain seulement 10 % de la population est vaccinée. La désinformation sur les vaccins, qui a pris beaucoup avec les réseaux sociaux, est aussi très préjudiciable. 

Ces deux pandémies ont appris l’une de l’autre. La recherche sur le VIH a mené à de grandes avancées, notamment dans le domaine de la vaccinologie, qui ont permis d’accélérer grandement la réponse contre la Covid-19. De l’autre côté, la technologie ARNm utilisée pour les vaccins Covid, permettra de réduire le temps nécessaire au développement et l’évaluation de candidat vaccins pour le VIH. Mais il faut rester prudent, cette technologie ne résoudra pas les problèmes inhérents au développement d’un vaccin VIH.

Certes, les vaccins contre le SARS-CoV2 ont été développés en un temps record, mais tout n’est pas non plus gagné dans cette pandémie. Des défis demeurent encore en matière d’apparition de nouveaux variants, de durabilité de protection du vaccin et d’inégalités d’accès aux soins. Un air de déjà vu…