AFRAVIH 2022 : l’utilisation des services de santé chez les personnes transgenres au Mali

En 2013, une équipe dirigée par Stefan Baral a publié une méta-analyse synthétisant les résultats de recherches menées autour de la population transgenre dans 15 pays du monde entre 2000 et 2011. Cette analyse a mis en évidence l’extrême vulnérabilité au VIH des femmes transgenres à travers un taux moyen de prévalence de 19%. 

Grâce à une étude, présentée sous forme de poster à l’AFRAVIH, on en sait maintenant un peu plus sur les caractéristiques des personnes Trans au Mali. En février 2019, Nahoum Telly a réalisé une enquête auprès des personnes trans dans les régions de Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou, Sikasso et le district de Bamako afin de mieux comprendre les obstacles entravant leur utilisation des services de santé. Le recrutement des participant.es s’est d’abord fait au cours d’activités communautaires et de testing, chacun.e étant ensuite mis.e à contribution pour mobiliser trois de ses paires. 182 personnes ont ainsi été interrogées.

L’étude comporte quelque biais, notamment parce que le mode de recrutement utilisé induit une sur-représentation des personnes trans les mieux insérées dans les réseaux de sociabilité trans et dans le système de soin. Cependant, le travail effectué met en évidence des tendances importantes. Premièrement, la séroprévalence globale du VIH parmi la population trans interrogée est de 12 %, avec des disparités allant de 3 à 25,5 % selon les régions d’étude, alors que le taux de prévalence en population générale est de 1,4 % au Mali.

Deuxièmement, la population trans est particulièrement exposée aux violences, à la stigmatisation et la discrimination. Environ 70% des répondant.es estiment avoir été victimes d’un de ces phénomènes au cours des 12 mois précédant l’enquête. Par ailleurs, sur cette même période, dans certaines régions, le taux de personnes trans ayant évité de recourir aux centres de conseil-dépistage atteint 85%.

Ces informations devraient pousser le pays à intégrer enfin les personnes transgenres parmi les populations clés dans le programme national de lutte contre le VIH/sida et à développer des stratégies différenciées d’offre de services.