IAS 2017 : Interview du docteur Anne-Sophie Beignon, chercheuse en immuno-virologie

Interview du docteur Anne-Sophie Beignon, UMR 1184, CEA, Inserm, Université Paris Sud, Fontenay-aux-Roses.

Sophie Lhuillier : Sur quoi travaillez-vous ?

Anne-Sophie Beignon : Je travaille sur les modes d’action des vaccins. L’objectif est de développer un vaccin anti-VIH. De meilleures connaissances des mécanismes d’induction d’une réponse immunitaire devraient permettre le développement plus rationnel de vaccins.

À la conférence IAS, quels ont été, dans votre domaine, les discussions et les résultats les plus importants ?

Plusieurs éléments m’ont paru importants, scientifiques et non-scientifiques. C’est l’avantage de ce genre de conférences pluridisciplinaires.

La présentation « Novel envelope proteins to induce neutralizing » de Rogier Sanders (AMC, Pays-Bas) m’a donné accès à des informations qui ne sont pas encore toutes publiées, car il ne s’agit pas de résultats, mais de la mise en place d’essais cliniques de vaccination sur la base d’essais précliniques, qui, eux, sont publiés.

Ces essais vont tester différentes stratégies visant à induire des anticorps neutralisants à large spectre. En fait, les choses sont allées très vite depuis la connaissance de la structure du trimer de l’enveloppe du virus, avec les avancées technologiques pour isoler ces anticorps, et les essais chez l’homme et les premiers candidats vaccins.

Pour ce qui est des résultats scientifiques, le projecteur a été mis sur le rôle des cellules NK et T CD8+ dans les organes lymphoïdes, qui contrôleraient l’infection en éliminant les T CD4 dans les centres germinatifs. Ces données sont issues d’études précliniques avec des comparaisons entre des modèles contrôlant l’infection, et d'autres ne la contrôlant pas. Ce sont de nouveaux corrélats immunologiques de protection. La question se pose désormais de les induire avec un vaccin.

Au-delà de la science, je suis allée sur le stand « Paris sans sida » et cela m’a permis de m’informer sur les actions de dépistage et d’orientation vers une prise en charge, qui se coordonnent en Île-de-France. Dans le contexte de mon travail au laboratoire, je n’ai que trop rarement l’occasion d’échanger avec les acteurs de terrain.

De retour au laboratoire, que rapporterez-vous de l’IAS 2017 de Paris ?

J’étudie la dynamique des réponses précoces, innées et acquises, mémoires aux vaccins, ainsi que leurs interactions dans un contexte de primo-vaccination suivi de rappels. À plusieurs occasions, lors de présentations à l’IAS, il a été observé que le délai entre les deux injections vaccinales impacte la réponse immunitaire par les anticorps. Cela consolide mon hypothèse, ce qui est un véritable « booster » ! Mon défi, c’est justement de prédire le calendrier de vaccination optimal, en identifiant les mécanismes mis en jeu.