En direct de la CROI2019: un nouveau patient de Berlin à Londres?

Pour le deuxième jour de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI), la présentation des données concernant le patient de Londres était attendue avec impatience. Et pour cause, tout comme Timothy Brown – le patient de Berlin guéri de l’infection VIH – cet homme porteur du VIH, est en rémission depuis 18 mois, suite à une greffe de moelle osseuse reçue pour traiter son lymphome. 

Diagnostiqué pour le VIH en 2003, cet homme, dont l’identité n’a pas encore été révélée, développe dix plus tard un cancer touchant ses cellules sanguines. Après plusieurs échecs chimiothérapeutiques, les médecins décident en 2016 de recourir à une greffe de cellules souches hématopoïétiques (présentent dans la moelle osseuse) pour remplacer ses cellules sanguines malades. Ils recentrent alors leur recherche sur un donneur compatible également porteur d’une mutation du récepteur CCR5 - utilisé par le VIH pour infecter les cellules. Cette mutation très recherchée rend les personnes la possédant résistantes à l’infection par le VIH. Suite à la greffe, le patient, toujours sous traitement ART, développe plusieurs complications cliniques qui seront heureusement traitées. Seize mois plus tard le traitement ART est stoppé et depuis lors la charge virale du patient reste toujours indétectable. 

Questionné par un journaliste au sujet d’une possible guérison de son patient, comme cela est le cas pour le patient de Berlin, le Pr Ravindra Gupta (Université de Cambridge, UK) a tenu à tempérer les propos émis par la presse en indiquant qu’à l’heure actuelle on ne peut pas encore parler de guérison. Selon lui, il faudrait attendre encore un ou deux ans avant de pouvoir employer ce terme. Ces récents résultats redonnent espoir, mais il ne faut pour autant pas penser que la greffe de cellules souches est la solution idéale pour traiter le VIH. Tout d’abord, il serait difficile d’imposer un traitement lourd avec de nombreux effets indésirables à des personnes capables de maintenir une charge virale indétectable à l’aide d’un traitement. De plus, il faut savoir que seulement 1 % de la population présente une mutation du récepteur CCR5, autant dire une aiguille dans une botte de foin. Enfin, au vue de la diversité de tropisme du virus VIH – qui peut également utiliser le récepteur CXCR4 pour infecter les cellules- cette solution ne serait possible que pour les personnes ayant des virus à tropisme CCR5. Cependant, ces résultats montrent à nouveau que le récepteur CCR5 est un bon candidat pour le développement d’approches thérapeutiques de rémission.